Vieux et confiné, une épreuve vécue inégalement
«La distanciation sociale ? Elle existe. C’est l’isolement des personnes âgées».
La formule claque. Elle est juste en même temps qu’elle renvoie à des situations variées. Faut-il rappeler que la France, période de confinement ou pas, compte plus de 300 000 personnes âgées «en situation de mort sociale». C’est-à-dire 300 000 personnes de plus de 60 ans qui ne rencontrent quasiment jamais d’autres personnes. «On pourrait se dire que c’est peu mais cela équivaut à la population d’une ville comme Nantes.»
Parfois aucun contact
Ces deux mois de confinement sont venus se surajouter à ce désert social, provoquant des répercussions inédites. Comme un verre à moitié plein ou à moitié vide. D’abord de façon nette et pour le coup très positive, «la plupart des personnes âgées ont eu davantage de contacts avec leurs familles pendant le confinement ». Pour autant, une minorité déjà très isolée a été encore plus isolée durant l’épidémie. «En dépit d’un élan de solidarité familiale et citoyenne, de nombreuses personnes âgées, en particulier les femmes âgées aux revenus modestes ont ainsi davantage souffert de solitude et d’isolement.»
Pour aboutir à ce constat, une étude CSA a été faite auprès de 1 503 personnes de plus de 60 ans. Les données sont impressionnantes : «43% des sondés disent avoir eu pendant cette période un contact tous les jours ou presque avec leur famille, contre 33% auparavant. Mais à l’inverse, 4% des plus de 60 ans, soit 720 000 seniors, n’ont eu aucun contact avec leur famille durant le confinement, alors que 1% seulement faisaient état d’une telle situation avant l’épidémie.»
D’autres chiffres : 87% des personnes âgées ont eu quelqu’un à qui se confier, mais 650 000 n’ont eu aucun confident. Près d’un Français sur trois de plus de 60 ans a ressenti une forte solitude, soit 5,7 millions de personnes. 15 % des 60 ans et plus, soit 2,5 millions de personnes ne sont jamais sortis. Et aujourd’hui, «plus de 830 000 personnes âgées ont peur, et ne souhaitent pas sortir». Tout cela n’est pas sans conséquence : le confinement a généré un impact négatif sur la santé morale pour 41% des personnes âgées et 31% sur la santé physique.